divergences sociologiques

Catégorie: media

Medias et reseaux sociaux: des dimensions paralleles.

Un monde qui change?

On entend souvent que le monde va mal, qu’il est en perdition, que les sociétés connaissent une inévitable involution dans bien des domaines qu’ils soient moraux, politiques ou sociaux. Les compétences auraient laissé place aux insuffisances et la vertu aurait cédé sa place au vice. Le monde serait moins sûr, plus violent, il serait au bord de l’agonie, du trépas, de l’implosion. Dans les années 80, certains démographes prédisaient même pour les années 2100, une terre avec plus 70 milliards d’habitants (rapport Meadows)… L’écroulement du monde n’est qu’une question de jours à en croire certains. Des hordes de « migrants » se précipitent en masse aux portes de nos sociétés et les ont même déjà « infiltrées ». Quand à nos adolescents, débiles et attardés, il ne respecteraient plus aucune limite et ne seraient plus que des zombis sans aucune competence intellectuelle ou cognitive.

Ces « constats partent du principe que le monde change ou à changé. Cela dit, s’exclure de ce monde dans sa complexité pour porter ce jugement est certes prétentieux mais surtout grotesque. Croire que le monde change mais qu’il change sans nous ou du moins, que nous, nous pouvons échapper à cette force est risible et irréaliste. Une telle idée d’imperméabilité est de l’ordre du fantasme. Certes, le papy de 90 ans ne sera pas très enclin à saisir les différences entre Windows et Ubuntu ou Apple et ne sera peut-être pas très familier avec internet et l’outil informatique ou, supposons même qu’il y soit complètement réfractaire pour des raisons x ou y parfaitement conscientes, il n’en demeure pas moins qu’il sera forcement affecté par ces outils qu’il rejette. Les individus avec qui il est susceptible d’entrer en interaction (ses petits-enfants, le boulanger, son voisin…) se servent de ces outils qui ont des impacts sur eux, sur leur façon d’être, de faire, de sentir et donc auront donc directement ou indirectement un impact avec ce papy avec qui ils interagissent.

Médias et effets pervers

Ce constat d’un monde devenu rétrograde est, pense t-on le fruit d’une forme individuelle de grande lucidité d’esprit et de sagacité peu commune que chacun s’attribue sans jamais penser que ce n’est peut-être pas le monde qui, dans son essence, change mais les outils avec lesquels nous le regardons, je ne dis pas la manière dont nous le regardons. Peu de gens regardent le monde…
Nombreux sont ceux qui l’abordent de par l’outil médiatique et ce dernier à connu d’importantes évolutions depuis plus d’une dizaine d’années avec l’apparition des chaînes d’information télévisuelles, des réseaux sociaux, avec la perte de vitesse des journaux papiers et enfin, avec la perte du monopole informatif des médias conventionnels.
Avec ces évolutions médiatiques l’information change. Elle est plus disponible, plus présente, plus « au cœur de l’info » comme aiment le dire les journalistes. Les chaînes d’info passent en boucle les événements sélectionnés par eux. Ça n’est pas un reflet du monde qu’ils projettent mais une sélection très drastique d’événements. Les infos tournant en boucle, l’alignement et l’entente des médias entre eux quant aux sujets à évoquer faisant que les mêmes chaînes passent exactement les mêmes infos aux mêmes moments, tout cela agit comme un effet de propagande. Nous ne disons pas que c’est là le but médiatique premier mais que l’effet est comparable.
Ainsi un acte violent, ou dont la mise en scène journalistique (il faut bien rendre l’insignifiant signifiant selon Bourdieu) accroît son potentiel dramatique, répété en boucle sur plusieurs chaînes simultanément donne l’illusion d’un acte dont la portée dépasse son aspect purement local et marginal voire statistiquement accidentel.
Ce genre de dérive est quotidien et s’inscrit dans la durée. Son déroulement répété consommé en masse à des répercussions sur les représentations collectives. Il y a une imprégnation et une intériorisation des biais (qui ne sont jamais évidement observés comme tels) qui vont faire de l’anedoctisme du nomothetisme et qui vont generer une distorsion de la perception.

Les réseaux sociaux: une nouvelle habitude de consommation pas forcement plus saine.

L’information via les réseaux sociaux va generer un autre effet.
A travers eux, et c’est là une nouveauté, les médias conventionnels vont perdre leur monopole. L’individu peut être générateur d’une information et la diffuser.
Autre nouveauté, la sélection individuelle et personnelle de l’info. Autrement dit, l’information médiatique peut désormais être personnalisable. On peut choisir l’info que l’on souhaite voir, lire ou entendre.
Ce choix peut contenir un effet pervers. Alors que l’on s’imaginait libéré de l’information sélective des médias conventionnels, voila que nous opérons nous même un schéma de sélectivité identique mais plus aliénant encore puisque fait par nous. Il était reproché aux médias classiques des informations anxiogènes, sélectives, partielles, partiales dictées par une ligne éditoriale orientée mais nous nous orientons dans nos choix informatifs vers une même configuration.
Si l’on focalise son regard sur un aspect plus micro encore, on remarquera une sélection dans la sélection. Certains comptes (twitter, Facebook…) d’individus créant ou relayant l’information se spécialisent sur un type de « fait ». Cela n’est en soi pas un problème mais cela le devient devant la logique informative et face à la péremption rapide de l’info, c’est à dire que la logique informative réclame de l’information spectacle (violence, misère, détresse…) et la péremption informative génère une information rapide, sans qu’il ne puisse y avoir de réelle exploration en profondeur: une information en remplaçant une autre, créant ainsi une sensation de vitesse et de cumul.
Cela devient également un problème lorsque les « sources » informatives de l’abonné sont réduites ou restreintes.
Autre problème de taille, ces biais combinés créent une impression de « fil rouge ». C’est à dire qu’ils créent une sorte de récit mediatico-historique continu. Une info montrant l’arrivée de migrant en masse, suivit d’une info sur la hausse du chômage peut generer une sorte de mise en logique (migrant = génère du chômage). Cela répété à de multiples reprises et à vitesse grand V termine d’inscrire le phénomène dans la logique.
Génération de l’info par tous et donc par n’importe qui, sélectivité informative en fonction des propres désirs de l’individu, spécificité informative accrue, information spectacle et flot informatif à vitesse exponentielle, tout cela accroît l’anarchie perceptive.

En guise de conclusion

Remplacer l’expérience vécue par l’expérience par procuration journalistique est une dangereuse opération qui se traduit par l’acquisition d’un pseudo savoir tronqué, partiel, partial et trop virtuel. En outre, ce savoir n’est pas le notre dès lors qu’il émane des médias traditionnels.
Pire, ce savoir biaisé peut devenir le notre si l’utilisation des réseaux sociaux est faite sans réflexion, sans feed-back, sans précaution et sans un minimum de méthode.
Il ne s’agit pas de diaboliser l’information par les réseaux sociaux mais de mettre en garde contre un usage anarchique et sans méthode.
Et mieux (d’un point de vue subjectif), je me demande s’il ne vaut pas mieux se couper un maximum de l’information sauf utilité professionnelle.
Les effets anxiogènes que les médias traditionnels imposent volontairement ou non et les mêmes effets que nous nous infligeons sont ils vraiment utiles? Ne peut on pas vivre pour nous même, pour nos proches, nos environnements en contact direct avec les réalités subjectives certes (et encore, cela n’est pas un gros mot ou une tare) mais vécues, personnelles et réelles?
Le droit d’informer et de s’informer c’est bien. Mais cette information, qu’en faisons nous. Elle est pour ainsi dire totalement improductive et stérile dans bien des cas.  A  été volé par B à Paris, C a détourné de l’argent à Moscou, un car s’est retourné à Dublin, des SDF sont morts de froid et M ancienne ministre tient des propos racialistes…Que faisons nous de tout cela? Rien.
Connaître pour connaître, connaître sans agir, et connaître pour oublier par la suite, à quoi cela sert-il?

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Le prêt-à-indigner

Une fois encore, notre incapacité à nous émouvoir autrement que par l’artifice et l’intervention, que dis-je, le catalyseur d’un tiers aussi vil que fou et incontrôlable qu’est la sphère médiatique, n’inquiète personne.

Nous sommes là, de nouveau, à être indignés, révoltés, dégoûtés par ce qui est porté à notre regard. Mais c’est une indignation qui insulte plus qu’elle ne compatit. S’indigner en fonction de la puissance du message médiatique ou d’une quelconque symbolique est ignoble. S’indigner le lundi à en vomir, le mardi en en être « barbouillé », le mercredi à en ressentir une simple gène gastrique, le jeudi à ne plus rien sentir et les autres jours non plus est plus horrible encore que le mépris. Ça n’est même plus une émotion sélective, c’est suivre la mode (avec tout ce que le concept à de hideux, grotesque et d’insultant) de l’émotionnel, c’est aller là ou il faut être, c’est avoir la pensée du moment. Nous en sommes presque au niveau de la « bonne action » émotionnelle du jour:

De par mon abrutissement au quotidien que je vis très bien et sans complexe, de par mon endormissement intellectuel chronique, de par mon illusion de la vertu par le travail et le bonheur par la consommation, de par mon comportement tribal et primitif à ne voir que mon groupe d’appartenance ou pire, que moi même à travers une course aussi effrénée que misérable à l’égocentrisme débile et pitoyable, je dois faire ma B.A pour garder un semblant d’humanité et d’humanisme: je vais m’indigner pour une âme perdue. Je demeurerai une personne bien comme ça »

Triste mode que celle de l’indignation par les médiums « media » et « symbole ». De ces « ecoeurements » encouragés et transpirants la sincérité et la spontanéité , qui se souvient encore de ces 3 petits enfants explosés, visés précisément et ouvertement par un missile israélien sur une plage alors qu’ils jouaient sur une plage en Palestine? Qui garde une trace émotionnelle des enfants (pour ne citer qu’eux) du génocide rwandais et de ce qu’ils ont pu devenir? Qui se soucie encore des victimes du tsunami, des habitants de Fukushima, de la « petite fille au napalm » et bien d’autres?

En vérité les émotions passent, les infos aussi tout comme les états nauséeux. Certaines vies valent quelque chose, d’autres non. Ça n’est ni plus ni moins la leçon à tirer des ferveurs et des silences médiatiques et populaires. Ces morts ne servent qu’à alléger les consciences des bien-pensants, riches et surtout éloignés de lieux ou se tiennent les drames.
Il est naturel de ne pas pouvoir s’indigner pour toute la misère du monde. D’ailleurs à quoi bon le faire sans action derrière? Mais que l’indignation soit au moins sincere et durable.

La dignité est souvent le dernier bagage d’une personne. Ne le lui volez pas pour apaiser vos consciences.

Reflexions sur le journalisme de masse, vision, perception et réalité du monde.

On se demande souvent où va le monde. Nous le voyons avancer à une vitesse qui nous dépasse et nous courons tous pour le rattraper sans même savoir en réalité où nous, nous allons et où cela nous entraînera.
Dans nos sociétés mondialisées où la tendance est à l’uniformisation, cette impression semble amplifiée. Paradoxalement, l’individualisation croissante et l’autonomisation voire la responsabilisation grandissante et à divers niveaux à laquelle l’homme est soumis à un niveau plus micro, poussent à la sur-représentation du moi et de l’ego, donc à l’expression des individualités multiples, au moment même ou on construit une uniformisation à plus grande échelle (mondialisation). La situation est au passage, quelque peu paradoxale et schizophrénique.

Notre monde désormais calqué non sur l’homme mais sur l’idée de consommation, a réduit l’individu à un gouffre sans fond, constamment insatisfait par ce qui lui fait défaut.
Les impératifs de cette vie insatisfaisante et vouée à l’incomplétude nous poussent à ne nous concentrer presque qu’exclusivement sur nos besoins, nos envies, nos désirs sans cesse dopés, excités. Plus encore, il doivent être satisfaits de plus en plus vite.
Pour cela nous travaillons, motivés par le désir de consommer, par la peur de ne plus consommer, par la peur du manque, de la relégation et de la déchéance. Malheur, honte à celui qui ne consomme plus.
Alors nous travaillons à un rythme effréné. Ce rythme nous déconnecte chaque jour un peu plus du monde. Nous n’avons plus guère le temps de prendre en compte notre environnement. Seul importe le soi et le microcosme égotique. Les hommes se transforment et se réduisent à l’état de simples congénères, déshumanisés et autonomisés, chacun évoluant dans sa bulle en développant un regard toujours un peu plus myope et égocentrique. Les solidarités et les interactions se transforment. Des sociologues évoquent l’idée de « crise du lien social » (S. PAUGAM).

Mais, étrangement, dans le même temps, au fur et a mesure que nous restreignons nos échanges les plus primaires et nos considérations, nous ressentons le besoin de nous informer sur une échelle de plus en plus grande. On ne connaît pas notre voisin de palier mais on souhaite savoir ce qu’il se passe en Afghanistan. Le vieil homme du 8ème croisé souvent dans l’ascenseur à été retrouvé chez lui, mort depuis 1 semaine dans l’indifférence générale alors que l’émotion est à son maximum pour le décès d’une personne que l’on à jamais vu à 1000km d’ici.
Moins nous prenons en compte notre environnement proche, plus on veut savoir ce qu’il se passe en dehors de lui. Ce qu’il s’est passé à Paris, Rome ou Vladivostok génère en nous des attitudes, des émotions et des comportements artificiels vis à vis de situations que nous ne rencontrons alors pas à notre échelle, dans le réel et ou au quotidien. C’est par exemple dans les zones périurbaines où rurales, là ou il y à peu voir pas de personnes d’origine étrangère, que le vote frontiste se fait le plus fort. Là où les gens ne sont pas confrontés dans leur quotidien aux situations relatées dans les médias vis à vis de cette population.

Par quel biais se fait cet intérêt pour ce qui nous est abstrait et lointain? Rarement par la connaissance ou encore par la recherche qu’elle soit intellectuelle, théorique ou de terrain. Elle se fait avant tout grâce à un médium avec lequel nous ne pouvons justement pas entrer en interaction: les médias.

Se questionner sur le fonctionnement médiatique

Il convient de s’interroger sur le fonctionnement médiatique tel que l’a fait BOURDIEU. La question de l’objectivité est par exemple primordiale.
Les médias de masse présentent des limites de temps et d’espace. Un journal télévisé ou radiophonique ne dépasse pas un temps qui lui est consacré, la presse écrite est réduite à un nombre limité de pages. C’est limites ne peuvent exprimer un monde multiple, complexe et évoluant sans cesse. Les médias ne peuvent prétendre à l’expression du monde réel tel qu’il est. Il y a autant de réalité du monde qu’il n’y a en vérité d’intériorités, d’individus avec leur manière d’être, de faire, de sentir…

Il faut alors sélectionner ce qui va être montré ou dit. Des lors qu’il y a sélection, il y a choix, donc subjectivité.
Il convient ensuite de s’interroger sur la manière dont est sélectionnée ce qui doit être porté à la connaissance du récepteur.
3 éléments importants méritent d’être soulignés:

  • Le fondement commercial et mercantile du journalisme de masse.
  • Un système de vision du monde et de communication pathologique.
  • Le journalisme créateur contemporain de l’imaginaire collectif.

Le fondement commercial et mercantile du journalisme de masse

Dans une société à trame capitaliste, la question première d’une analyse doit concerner l’aspect financier. La finalité d’une entreprise quelle qu’elle soit est de générer un profit permettant la rentabilité. Le journalisme de masse n’échappe pas à cette logique.
Pour générer un profit, il faut être vu par un maximum de personnes. Cette affluence, signe de bonne santé génère de la publicité. On se bouscule et on paie cher pour passer son spot sur telle chaîne à telle heure. Pour cultiver ce succès d’audience, donc ce succès commercial et cette rentabilité, il faut fidéliser le spectateur qui se trouve être le maillon principal de la chaîne. Aussi, à ce tire pouvons-nous penser que le journalisme de masse est avant tout un métier commercial.

Comment fidéliser? Nous l’avons vu au début, la trame individualiste, l’encouragement de l’égocentrisme à travers la satisfaction compulsive des besoins, pousse au travail comme activité de libération, de réalisation de soi et de salut mondain. Ce type de comportement génère une paupérisation des relations sociales au moins d’un point de vue qualitatif. Nous ne sommes plus attentif aux autres et à notre environnement. Aussi, le journalisme agit-il comme « traitement de substitution« : nous sommes indifférent à notre environnement proche mais ultra sensible sur ce qu’il se passe dans le monde. Il est d’ailleurs bien rare que ce qui est montré du monde soit apaisant et rassurant. Ce sont souvent des images ou des récits violents, dramatiques au contenu souvent simpliste épuré de toute complexité.
A travers cela, on sollicite nos capacités désormais atrophiées mais toujours existantes à nous émouvoir ou nous indigner souvent d’ailleurs de manière sélective. On tente de toucher la fibre émotionnelle voir morale et cela pour encourager l’individu à réagir, se faire une opinion et, à défaut d’exprimer sa bonté avec son environnement, étancher sa soif d’émotion virtuelle et prendre sa « dose de social » via l’information médiatique . Cela, le sociologue P. BOURDIEU le résume très bien:

C’est là bien souvent, que les philosophes de télévision sont appelés à la rescousse, pour redonner sens à l’insignifiant (…) que l’on a artificiellement porté sur le devant de la scène et constitué en événement, port d’un fichu (voile) à l’école (…) ou tout autre « fait de société » bien fait pour susciter des indignations pathétiques. Et la même recherche du sensationnel, donc de la réussite commerciale, peut aussi conduire à sélectionner des faits (…) qui peuvent susciter un immense intérêt (…) voir des formes de mobilisation purement sentimentales et caritatives ou, tout aussi passionnelles mais agressives proche du lynchage symbolique avec (…) les incidents associés a des groupes stigmatisés.

De plus, une information chassant l’autre, nous ne pouvons même pas méditer sur ce qui nous est montré afin de réfléchir sur le pourquoi, le comment, les impacts, ou quoi que ce soit d’autre. Il faut consommer l’information. Il faut l’ingurgiter, vite. Toujours vite. Même les émotions arrachées, extirpées du spectateur ne connaissent pas le luxe de se développer et de s’étendre. Rapide mais souvent: là se trouve la logique informative.

Un système de communication et de vision du monde pathologique

BOURDIEU souligne dans son analyse des médias, ce qu’il nomme « la circulation circulaire« . De quoi s’agit-il?

Nous avons tous remarqué que les journaux, peu importe leurs formats disent, à peu de choses prés et dans un ordre qui peut sans grande importance différer, la même chose. Pourquoi? Parce les journalistes ne regardent pas le monde. Ils se regardent entre eux pour savoir ce que les concurrents vont publier et de là, s’aligner sur eux sans prendre de risques en publiant la même chose. C’est la revue de presse.
On aperçoit très vite la pathologie communicationnelle, fonctionnelle et relationnelle qui en découle.

Cet état à des répercussions inévitables sur le téléspectateur, l’auditeur ou le lecteur.  Le fait que les médias évoquent partout et en tout temps la même chose produit 2 effets notables:

  • Un effet de propagande
  • Un effet persuasif

D’un point de vue sociologique, le concept de propagande se détache de la fonction purement péjorative que le sens commun lui donne pour la renforcer d’un aspect plus technique et objectif.  Le sociologue X. LANDRIN la définit comme:

un ensemble variable dans le temps de techniques de diffusion idéologique, de savoirs et de stratégies de pouvoir mis en forme par des groupes aux prétentions monopolistes ou hégémoniques, et destinés à construire ou à maintenir des allégeances sociales.

Nous n’irons pas de notre coté « accuser » le journalisme de complotisme ou quoi que ce soit d’autre (cela dit, l’idée d’étudier les rapports de proximité entre médias et pouvoir, médias et finance et ou médias et lobby décrédibilisée par BOURDIEU est au contraire, légitime et instructive) mais partirons du principe que le phénomène de propagande médiatique est moins le résultat d’une volonté propre qu’un effet pervers (encore une fois au sens sociologique) à savoir, pour citer R. BOUDON:

On peut dire qu’il y a effet pervers lorsque deux individus ou plus en recherchant un objectif donné, engendrent un état de choses non recherchés et qui peut être indésirable du point de vue soit de chacun des deux, soit de l’un des deux.

La répétition d’un message uniformisé et généralisé sans possibilité de divergence informative sous peine de déviance équivaut à une technique et un effet de propagande qui, par définition, se veut au final persuasif.
A ce titre, dans son ouvrage La société de consommation, Jean Baudrillard explique:

La vérité des médias de masse est donc celle-ci: ils ont pour fonction de neutraliser le caractère vécu, unique, événementiel du monde, pour substituer un univers multiple de média homogènes les uns aux autres en tant que tels, se signifiant l’un l’autre et renvoyant les uns aux autres. A la limite, ils deviennent le contenu réciproque les uns des autres et c’est là le message totalitaire d’une société de consommation.

Bel exemple de synthèse.

Le journalisme comme créateur contemporain de l’imaginaire collectif

A travers le choix subjectif des faits sociaux destinés à être montré, le flot ininterrompu d’ informations, la répétition du message et son uniformisation, nous sommes amenés à nous interroger sur les médias comme force créatrice d’un imaginaire collectif au moment même où les individus s’individualisent et où les regards quittent les horizons pour se fixer sur les nombrils; en d’autre terme, au moment où le collectif disparaît pour faire place à aux individualités. Pourtant, l’imaginaire collectif au sein d’un univers individualiste, est plus vigoureux et présent que jamais. Comment expliquer ce paradoxe?

Nous l’avons vu, les médias de masse diffusent principalement des contenus à portée émotionnelle. Les émotions dépassent  les spécificités personnelles qu’elles soient psychologiques, économiques, sociales, culturelles ou autres. Elles sont le point commun de toutes et tous et s’étalent sur une palette restreinte et universelle (peur, joie, dégoût, tristesse etc). A travers des contenus, violents (guerres, exactions…)  anxiogènes (menaces, crises…) ou rassembleurs (morale, politique, patriotisme…) nous sommes interpellés dans nos émotions primaires qui nous sont communes.

Autre point commun, le nombre de personnes vivant complètement coupées du monde extérieur à travers soit l’impossibilité, soit le souhait est très faible. Autrement dit, nous sommes tous consommateurs de médias et dans bien des cas, nous recevons tous les mêmes contenus du fait de la circulation circulaire ou de la pathologie journalistique évoquée plus haut.

Enfin sauf exception, notre référentiel symbolique (selon les échelles) est globalement commun et transcende les disparités. Il est dès lors très facile de s’adresser à tous et de toucher tout le monde en effaçant ces disparités individuelles. D’une certaine manière et de façon très schématique, nous pouvons dire que le point commun entre tous, c’est la consommation médiatique alors que se renforcent dans le même temps les imperméabilités de classes, individuelles, ethniques, interactionnelles etc.

Pour résumer, les médias réussissent la prouesse de rassembler les individus à travers:

  1. La diffusion de contenus faisant appel à un socle émotionnel commun.
  2. Une consommation médiatique commune et généralisée.
  3. Un référentiel symbolique partagé.

Dès lors, il est facile de proposer une vision du monde à une société qui ne le regarde plus et où les individus ne se parlent plus, ne se considèrent plus. L’imaginaire collectif ne se crée même plus à partir de récits glorieux ou inquiétants au coin d’une cheminée via les histoires et les mythes,  il se crée de manière uniformisée à partir du contenu médiatique.

Pour terminer, nous ne pouvons conclure sans évoquer rapidement la théâtralisation  de l’information.

L’information devient un spectacle, parfois même un véritable film avec mise en scène, répétition, montage, découpage, mixage etc. Tout est fait pour suggérer, inquiéter, tenir en haleine, subjuguer le récepteur. Nous avons tous déjà entendu les tons de voix théâtralisés des journalistes lors d’un reportage « d’investigation » sur les pratiques frauduleuses de commerçants véreux, de dealers de drogues dans les quartiers, ou encore lors d’une pseudo « infiltration » en camera cachée dans une moquée souterraine, accessible uniquement grâce à l’emprunt de tunnels lugubres et obscurs dans une banlieue innommée, avec musique de fond inquiétante et battements rapides rappelant ceux du rythme cardiaque…L’information doit aussi être un spectacle.

Synthèse

La vision journalistique des médias de masse n’est pas une vision réelle du monde, pas plus qu’elle n’est une vision partielle. Elle est surtout une vision partiale, subjective et utilitariste. Elle ne se contente pas uniquement de sélectionner les faits, elle les oriente, les travaille et les dénature. Plus important, les médias de masse atomisent le fait en lui donnant une existence propre et autonome, le détachant alors d’une totalité ou d’une réalité contextuelle.

Le système monopolistique de l’info tel que nous l’avons survolé ainsi que l’effet propagandiste qui en découle sont autant de dérives qui peuvent amener, au delà d’une confusion massive, à une anesthésie intellectuelle et réflexive.

Oui je condamne, non je ne suis pas Charlie.

La condamnation des actes meurtriers de ces derniers jours est unanime et cela à juste titre. Rien ne peut justifier les agissements en question.
Face à des situations extrêmes, subites et violentes, on note généralement une déconnexion généralisée de l’intellect avec une apparition subite d’un symbolisme exacerbé voir d’un symbolisme primaire. Cet état particulier engendre une forme de repli avec un retour vers des notions charriant des idées rassembleuses, souvent patriotiques, historiques ou encore philosophiques qui se veulent fondements du groupe, ici la nation. Nous en avons eu une illustration ces derniers jours: évocation de l’unité nationale, de la philosophie des Lumières, de ses acteurs principaux, des personnages politiques fondateurs… On souligne aussi l’apparition de slogans (« Je suis Charlie », « pas en mon nom »…) souvent relayés par les médias de masse ou les réseaux sociaux. Cette phase, génère un retour et un repli sur soi comme c’est d’ordinaire le cas lors d’ épisodes dépressifs par exemple. C’est une phase qui permet de se concentrer sur soi et de se recentrer sur l’essentiel. Ici, le phénomène permet d’aller de l’avant d’un pas commun pour surpasser le traumatisme.
Mais il ne faut pas que ce repli soit le prétexte à des réactions simplistes et primaires. Qu’il ne soit pas la cause de discours populistes qui généralisent, qui suspectent, qui rejettent, qui excluent. Qu’il ne soit pas non plus vecteur d’une pensée unique, binaire ou imposée.
Oui je condamne et déplore cet assassinat, non « je ne suis pas Charlie ».
Oui je combattrai l’ignominie et suis attaché à la liberté d’expression, non je n’appréciais pas pour autant Charlie hebdo, non je n’avais pas la même conception de la liberté d’expression et non je n’acheterai pas le prochain numéro. Oui je suis choqué du meurtre de ces journalistes mais je suis choqué de la même manière du meurtre de quiconque, qui qu’il soit. Pas plus, pas moins. Non je ne suis pas choqué parce qu’il s’agissait de journalistes ou parce qu’ils étaient spécifiquement français, mais je suis choqué car il s’agissait d’êtres humains. Je rejette toute forme de sélectivité, de tribalisme, de communautarisme ou de sectarisme dans mon indignation comme c’est trop souvent le cas malheureusement… Là réside l’humanisme véridique ou du moins honnête.
Les appels, ou plutôt les injonctions de condamnation exigés des musulmans représentent une dérive et sont intolérables. Ils ne sont plus considérés comme citoyens mais d’abord comme musulmans ayant obligatoirement de prés ou de loin, un lien d’ordre essentialiste avec le radicalisme religieux. Comme s’il ne pouvaient pas être spontanément effarés par cette tuerie, étant dans le même temps potentiellement enclins à la tentation fanatique…
L’émotion, le choc et la colère ne doivent pas non plus disqualifier l’analyse calme et rationnelle, de même que la prudence dans les conclusions qui nous sont proposées.
Que ce soit dans le passé proche ou plus lointain, les médias de masse n’ont guère brillé de par leur objectivité, leur impartialité ou leur justesse. La prudence, la pondération, la solidarité et l’attitude responsable restent les positions les plus raisonnables à adopter, même dans les moments dramatiques comme celui-là.

La « guerre » fallacieuse au moyen-orient et son traitement mediatique.

Dyssynchronie et consommation

Dans nos sociétés hyper-connectées, le poids des mots prend paradoxalement une place de plus en plus importante en terme d’impact souhaité sur l’individu, alors que, la lecture principalement sur le net, se fait sous l’angle sans cesse plus grand de la superficialité et de la consommation: on ne lit plus l’information, on la consomme. Cette consommation grandissante ne peut aller de paire qu’avec un accroissement toujours plus rapide de la péremption des produits (obsolescence), de l’info. L’ utilisation des mots est constamment poussée par la logique du « toujours plus spectaculaire ». Face à cet info rapide (flash info), courte (tweet), il faut compenser le manque de profondeur par du spectaculaire. Ainsi, des mots comme « nazi« , « génocide », « guerre » se banalisent et sont évoqués à tout bout de champ dans le langage qu’il soit politique, médiatique ou quotidien.

Des questions qui se posent…

Cette banalisation est problématique. Devant une information de moins en moins informative et de plus en plus spectaculaire, nous assistons à un appauvrissement de la « substance informationnelle ». Au passage, de ce constat, de nombreuses questions ou remarques peuvent apparaître: – Quel est l’intérêt de défendre un droit à l’information souvent revendiqué par les journalistes face une information erronée, peu fiable ou très orientée ? -Peut-on encore parler d’éthique journalistique face à cette course au spectacle, à la rapidité, nuisant indubitablement au réalisme et à la qualité? – Qu’en est-il de la liberté d’expression face à cette prison du toujours plus qui ne sert au finale qu’une logique mercantile qui ne produit en fin de compte, qu’une caricature voir, une vision complètement déformée de l’actualité?

Un exemple tristement concret

La « guerre » au moyen-orient entre Israël et la Palestine est un exemple ô combien triste et parlant. Le terme de « guerre » est une illustration de ce langage abusif, tout comme il illustre ce que nous avons souligné en amont. Le mot est trompeur. Il invite à penser à une forme « d’échange » à armes égales entre Israël et les palestiniens. Les termes utilisés par les médias vont dans ce sens (obus, missiles, mortiers, roquettes utilisés par les palestiniens). Or, on remarque qu’on lisse vers le bas l’arsenal utilisé par Israël (bombardement aériens, aviation de combat, missiles, drones, technologie satellitaire ne sont que rarement évoqués). Le résultat donne l’image d’une guerre équilibrée entre 2 armées dont les échanges constituent le spectacle informatif. Il n’en est rien. Il ne s’agit pas de 2 armées qui s’affrontent mais d’une armée israélienne face à un groupe politique palestinien élu démocratiquement, qualifié au passage d’islamiste car n’étant pas au goût des occidentaux, qui n’est en aucune manière une armée au sens militaire du terme: ce sont des civils, tout comme ceux qui font les frais des attaques Israéliennes. Les armes palestiniennes sont des armes du désespoir face à la technologie pointue de Tsahal: souvent des roquettes artisanales lancée au hasard, sans guidage technologique, et quasiment sans impact notable car étant interceptés en plein vol par le « dôme de fer » , faisant la joie de familles israéliennes se photographiant en souriant avec en arrière plan ces roquettes interceptées. Un mort israélien comme le dit Michele Sibony, membre de l’ Union Juive Française pour la Paix et tout le monde connaît son prénom, sa photo, le nom de ses parents, son CV ! Alors qu’un palestinien… Comment parler de guerre en comparant le nombre de victimes de part et d’autre: 800 morts et 5 000 blessés coté civils palestiniens et 35 morts dont la quasi totalité sont des soldats coté israélien? Comment laisser penser à une guerre à armes égales alors que Gaza est littéralement un camp de concentration ou la densité de population est une des plus importante au monde, ou la pauvreté l’est également et ou la dignité humaine est soumise au bon vouloir israélien (blocus) ! Le droit à Gaza est une chimère. Liberté à Israël de détenir sans jugement ni procès, de manière arbitraire un individu, de détruire sa maison, de confisquer ses terres, d’user de représailles financières contre le peuple palestinien si celui-ci ose demander une protection de l’Onu comme ce fut le cas le 10 avril 2014 et ainsi de suite. La liste est longue. Cette situation dure depuis plus de 60 ans. Les adultes palestiniens d’aujourd’hui sont nés et ont grandi avec cette situation. La France à connu une situation analogue durant la seconde guerre mondiale avec une occupation qui n’a duré au final que 3 ans et demi et elle chante les louanges de ses héros résistants durant les commémorations et les cours d’histoire mais les politiques autant que les médias refusent ce terme pour les palestiniens, préférant leur accoler une forme de suspicion toujours tapie dans l’ombre : celle du terroriste, du martyre fanatique fou d’ Allah, ou, comble de l’ironie voire de l’absurdité sémantique: de l’antisémite (comme si le palestinien n’était pas un sémite…). Inversement,  elle se tait sur ces français qui partent en Israël, intégrer l’armée de Tsahal pour faire la guerre a Gaza alors qu’elle se penche et s’indigne sur le cas des « djihadistes » qui partent combattre en Syrie, ou en Irak.

Analyse rapide d’un des nombreux dysfonctionnements…

Le traitement de l’information en France et à l’étranger sur ce qu’il se passe à Gaza est, nous le voyons bien, problématique. Il est loin de refléter la réalité du terrain. La perte substantielle du concept d’information, de son contenu ainsi que les dérives qui accompagnent ces phénomènes doivent nous pousser à toujours plus de prudence et de vigilance face à une sorte de monopole informatif. Aussi, le mécanisme journalistique mérite d’être connu : les journalistes ont une source à laquelle ils s’abreuvent tous : l’ AFP. Pour le reste, Bourdieu l’a très bien démontré : les journalistes ne regardent pas le monde, ils ne regardent que ce que les autres journalistes vont faire ou vont publier. Il en résulte une forme de consanguinité médiatique qui produit un double monopole : celui de la source d’où ils tirent leurs infos, et un monopole résultant d’une forme de consensus mutuel plus ou moins involontaire fruit d’une pathologie acquise du système informationnel, voir tout simplement d’un manque de goût et d’intérêt pour le travail bien fait. Et encore, nous n’évoquons même pas les diverses relations incestueuses ou troubles entre les intérêts politiques avec les médias en relation avec la finance et les affaires…

Conclusion

Le savoir journalistique ne doit jamais faire l’impasse de la maîtrise d’autres disciplines fondamentales ( sociologie, économie, histoire, géographie, géopolitique etc) qui permettent une compréhension plus globale, plus sure et qui permettent avant tout, une autonomie de la pensée libérée des diktats et des jougs des exigences quotidiennes d’un monde qui avance sans savoir vraiment ou il va.

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